Municipales 2026 : Que veulent vraiment faire les candidats de votre logement ?

Le logement n'a jamais été aussi central dans une campagne municipale. Le pouvoir d’achat recule, les locations abordables se raréfient et des immeubles vétustes s’effondrent. Face à cette accumulation, les candidats aux municipales 2026 sortent l’artillerie lourde. Leurs propositions dessinent deux France urbaines radicalement opposées : celle qui veut séduire les propriétaires, et celle qui entend les contraindre.
Nice : 5 000 € pour remettre un logement vide en location
À Nice, Christian Estrosi inverse la logique habituelle. Plutôt que de sanctionner les propriétaires de logements vacants, le maire sortant d'Horizons veut les payer. Sa proposition : verser 5 000 € à ceux qui acceptent de remettre leur bien sur le marché locatif.
Dans la plupart des grandes villes françaises, on taxe les logements vides. Ici, on préfère la carotte au bâton. Le pari d'Estrosi ? Que l'incitation financière sera plus efficace que la menace fiscale pour débloquer les milliers de biens qui dorment sur la Côte d'Azur. Une approche libérale qui tranche avec le reste du tableau politique.
Paris : trois visions, trois combats
La capitale concentre les propositions les plus radicales. Et pour cause : avec des loyers moyens au-delà de 30 € le m², Paris est devenu un laboratoire des tensions immobilières françaises.
Rachida Dati veut privilégier les travailleurs parisiens
La candidate des Républicains propose de bouleverser les règles d'attribution des HLM. Fini le barème national qui régit aujourd'hui l'accès au logement social. Dati veut faire passer en priorité les Parisiens qui travaillent dans la capitale et les familles modestes.
Un virage local assumé, qui pose une question explosive : à qui appartiennent les logements sociaux de Paris ? Aux habitants qui y vivent déjà, ou à tous ceux qui en ont besoin ? La proposition redéfinit les frontières de la solidarité urbaine.
Pierre-Yves Bournazel s'attaque frontalement à Airbnb
Le candidat Horizons ne fait pas dans la demi-mesure : il veut diviser par trois le nombre de nuitées autorisées sur Airbnb, passant de 90 à 30 jours par an. Son objectif ? Forcer 20 000 propriétaires à remettre leur bien sur le marché locatif classique.
Pour les convaincre, il propose un deal : la ville garantit les loyers et les cautions. Un mécanisme qui désamorce la principale crainte des bailleurs, les impayés, tout en faisant pression sur la location touristique.
Sarah Knafo propose de diviser la taxe foncière par deux
À contre-courant de toutes les autres grandes villes qui augmentent leur fiscalité, la candidate Reconquête veut baisser massivement l'impôt local. Son programme : réduire de moitié la taxe foncière parisienne.
Une proposition qui s'inscrit dans une philosophie politique claire : moins d'État local, moins de services publics municipaux, plus de pouvoir d'achat pour les propriétaires. L'exact inverse de ce que proposent ses adversaires de gauche.
Sophia Chikirou veut municipaliser le logement
La candidate de La France insoumise va encore plus loin. Elle propose de créer une régie publique de gestion locative. Concrètement, la mairie de Paris ne se contenterait plus de réguler le marché de loin : elle deviendrait elle-même propriétaire et gestionnaire de logements privés et publics.
Une forme de municipalisation du logement rarissime en France, qui transformerait la ville en acteur direct du marché immobilier.
Emmanuel Grégoire : interdiction pure et simple
Le candidat de l'Union des gauches ne tergiverse pas sur Airbnb. Pas de quota, pas de limite : interdiction totale des meublés touristiques permanents. Le message est clair : l'habitat avant la rentabilité. Un choix assumé qui risque de faire grincer des dents chez les petits propriétaires qui complètent leurs revenus avec la location saisonnière.
Toulouse et Marseille créent des polices du logement
Après l'effondrement de plusieurs immeubles à Toulouse et les scandales à répétition de l'habitat indigne à Marseille, deux candidats promettent un contrôle musclé des propriétaires.
À Toulouse, François Piquemal, candidat de La France insoumise, veut créer une police municipale du logement et généraliser le permis de louer dans toute la ville. La mairie ne se contentera plus d'attendre les signalements, elle surveillera activement les multipropriétaires et les logements dégradés. Un changement de doctrine radical face aux 396 bâtiments fragilisés signalés dans la ville rose.
À Marseille, Benoît Payan, maire sortant de l'Union des gauches, promet un "gendarme du logement" municipal. Pas une structure symbolique, mais un véritable contrôle permanent des bailleurs, copropriétés et marchands de sommeil. La mairie ne facilite plus, elle surveille.
Lyon mise sur la rénovation énergétique
Grégory Doucet, maire sortant EELV, inscrit la politique du logement dans le cadre de l’urgence climatique. Avec un fonds municipal de 500 000 €, il veut aider aux petits travaux de rénovation des logements "passoires thermiques", en complément du dispositif métropolitain pour les gros chantiers.
Le logement n’est plus seulement un enjeu social. Pour Doucet, il devient aussi un enjeu de survie climatique, face aux canicules à répétition.
Deux France urbaines face à face
Ces propositions ne sont que des promesses de campagne. Mais elles révèlent deux philosophies irréconciliables sur le logement.
D'un côté, des candidats qui veulent inciter les propriétaires : primes à Nice, baisses de taxes à Paris, garanties de loyers. L'idée ? Que le marché s'auto-régule si on lui en donne les moyens.
De l'autre, ceux qui veulent réguler, contraindre, surveiller : interdictions d'Airbnb, polices du logement, régie publique. Le pari inverse : seule l'intervention forte de la puissance publique peut rééquilibrer un marché devenu fou.
Entre ces deux visions, les électeurs devront trancher. Leur choix pèsera sur l’avenir du logement dans les grandes villes françaises.


